Les tarifs d’électricité atteignant des sommets inégalés à l’Île-du-Prince-Édouard; il est maintenant temps de penser sérieusement au chauffage urbain à la biomasse.
L’annonce récente, faite par Maritime Electric à l’effet que l’IPÉ avait atteint un sommet record de consommation d’énergie en janvier 2011, ne devrait surprendre personne, à commencer par les consommateurs d’énergie de l’ÎPÉ.
Pendant la dernière décennie, les gouvernements et les distributeurs d’énergie ont favorisé plusieurs formes de chauffage électrique tels les radiateurs-plinthes, les chaudières électriques et particulièrement les thermopompes. En effet, le gouvernement fédéral a offert des subventions de 4 750$ pour les thermopompes géothermiques jusqu’en mars 2010. Des centaines de ménages des Maritimes ont tout bonnement suivi ces recommandations et installé de tels systèmes de chauffage électrique. Les services publics n’ont rien dit durant toute cette période, heureux qu’ils étaient de vendre plus d’électricité. Plus d’électricité équivaut à plus de revenus pour eux. En fait, certains services publics ont même masqué cette situation en étalant les coûts supplémentaires associés aux records de consommation sur les mois de plus faible consommation du printemps et de l’automne pour ne pas que les consommateurs en ressentent l’effet douloureux pendant les mois d’hiver, où la consommation est plus élevée.
Maintenant, tous les consommateurs d’énergie de l’IPÉ font face à un sérieux problème de pics de consommation de l’électricité. Toutes ces maisons et entreprises nouvellement chauffées à l’électricité nécessitent des quantités d’énergie énormes pour demeurer au chaud lors des journées les plus froides de l’hiver. Pour répondre à la demande en énergie lors des heures de pointe, Maritime Electric doit, soit acheter l’énergie au prix fort sur le marché (si elle est disponible), soit générer une énergie coûteuse grâce à ses turbines au mazout à Charlottetown et, ultimement, investir dans la génération d’énergie nouvelle et dans sa capacité de transmission. Une nouvelle capacité de production est très dispendieuse. Ces coûts additionnels seront refilés aux insulaires sous forme d’augmentation des coûts d’électricité pendant les prochaines années.
Toutefois, les problèmes occasionnés par ces pointes de consommation dues à l’utilisation grandissante du chauffage à l’électricité ne sont pas uniques à l’IPÉ. Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse font aussi face à ce problème. Nova Scotia Power perd de l’argent sur l’électricité qu’elle vend lors des pointes de consommation. La compagnie a même engagé Dunsky Energy Consulting, une firme de Montréal, en 2010 pour établir un plan de gestion de la demande excédentaire afin de répondre à cette problématique. Nova Scotia Power a récemment conjugué ses efforts à ceux de Efficiency Nova Scotia pour lancer un programme visant à délaisser le chauffage à l’électricité. Ils vont offrir aux résidents et aux entreprises des mesures incitatives pour qu’ils passent du chauffage électrique au chauffage aux granules ou au gaz naturel. Ils débuteront avec une série de programmes pilotes en 2011, qui devraient ultimement devenir des programmes réguliers. Ces programmes incitatifs seront financés grâce aux charges payées par tous les consommateurs de Nova Scotia Power. C’est un peu comme une grande dose l’huile de foie de morue - ça ne goûte pas très bon, mais… c’est bon pour vous!
L’électricité est la forme d’énergie la plus élevée et la plus valorisée. Rien d’autre ne peut éclairer nos maisons, faire fonctionner nos pompes à eau et nos électroménagers. C’est aussi la forme d’énergie la plus dispendieuse dans cette région. Il n’est pas logique d’utiliser une électricité de haute qualité pour générer une énergie de basse qualité pour chauffer nos maisons ou autres édifices plus grands. Similairement, nous ne devrions pas utiliser un précieux carburant diesel pour le chauffage, ce qui est aussi la norme. Encore une fois, nous utilisons un carburant à forte teneur en énergie et destiné aux moyens de transports afin d’approvisionner des appareils de chauffage et produire une énergie de moindre qualité.
De toute évidence, les besoins en énergie de moindre qualité pour le chauffage peuvent être comblés par la biomasse, plus précisément par les copeaux de bois pour les grands bâtiments et les réseaux de chauffage urbain comme celui qui existe à Charlottetown. La plupart des villes dans les pays nordiques ont de tels systèmes de chauffage urbain reposant sur l’utilisation de la biomasse. Par exemple, la Suède a environ 277 de ces systèmes.
Les édifices plus petits et les maisons de cette région peuvent, eux, être chauffés avec des fournaises aux granules de bois. Les ressources en biomasse et en combustibles associés sont abondantes à travers toute la région des Maritimes. Ils sont renouvelables et leur combustion est tout à fait efficace grâce aux nouveaux appareils de chauffage qui peuvent être complètement automatisés et faciles à utiliser.
L’électricité dans les Maritimes est en majeure partie produite grâce au charbon, d’une manière très inefficace, dans des centrales thermiques. Environ seulement 25% de l’énergie utilisée pour générer cette électricité se rend en fait jusqu’au compteur de votre maison. Le 75% restant est une perte d’énergie. L’huile de chauffage est aussi importée. En aucun cas, aucune de ces formes d’énergie n’est verte ou a contribué à créer de l’emploi dans cette région.
Par contre, la production de copeaux de bois et la fabrication de granules de bois créent déjà des centaines d’emplois dans nos communautés rurales, et ont le potentiel d’en générer encore plus. Il y a 10 usines de granules dans la région, de tailles différentes, ayant une capacité nominale de 450 000 tonnes par année, alors que la demande domestique est actuellement d’environ 50 000 tonnes. La majorité de notre production de granule est exportée vers l’Europe où elle sert à chauffer des villes, telle Stockholm.
L’utilisation des combustibles de biomasse pour répondre à nos besoins en chauffage doit permettre de réduire nos émissions de carbone et rendre nos régions moins vulnérables aux augmentations rapides des coûts en énergie tels que celui que nous vivons actuellement. Les granules achetées en gros coûtent environ la moitié mois que l’huile de chauffage. Les copeaux coûtent habituellement la moitié moins que les granules, soit environ le quart du prix de l’huile de chauffage. Alors qu’il est fort probable que les coûts en électricité et en huile de chauffage continuent à augmenter dans cette région, les prix des combustibles de biomasse devraient rester stables et augmenter seulement en raison du taux d’inflation général.
La Nouvelle-Écosse sera certainement félicitée pour ses nouveaux et avant-gardistes programmes visant à « délaisser le chauffage à l’électricité ». Le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard ainsi que leurs services publics devraient emboîter le pas à la Nouvelle-Écosse et mettre sur pied de tels programmes avant que leurs consommations d’électricité n’atteignent des sommets records et que les choses se compliquent.
Bruce McCallum
Vice-Président, Association Canadienne de Bioénergie